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Relire Marx/ 25 février 1848 - 25 février 2011


de : théorie / via LL
vendredi 25 février 2011 - 11h34 - Signaler aux modérateurs
2 commentaires

Je me permets de remettre ici un extrait d’un ouvrage de Marx que j’aime beaucoup et qui me semble insuffisamment ré-étudié par nous actuellement, c’est le fameux "18 brumaire de louis napoléon bonaparte", qui date de 1851.

Et ce texte est évidemment à rapprocher de Poulantzas sur "fascisme et dictature" (ou de "la crise des dictatures").

Par ce que finalement, le message de ces textes pour moi est "invariant" : le prolétariat ne doit pas amener à un gouvernement de la petite-bourgeoisie lorsqu’il n’est pas en mesure de la dominer (en résumé). Je le dis parce que c’est la voie de "facilité" qu’à chaque fois le prolétariat saisi (contraint et forcé, porté par un certain penchant "naturel" pour la paix et l’ordre, et aveuglé sur ce que nous croyons être de l’ordre de la meilleure défense den os intérêts - pas de révolution, pas de sang etc...)

Faire sans arrêt la même erreur, il semblerait que cela amène quasi invariablement la dictature et sous la forme moderne, le fascisme. La question qui suit ce constat (qu’on peut également critiquer) c’est ; : que faire donc ? (et là j’en reviens toujours au même point : organiser politiquement le prolétariat, les exploités de tous crins, nous toutes et tous donc, avant toute chose).

Parce que la fausse domination (nécessairement temporaire) de la petite-bourgeoisie comme force politique (je dis fausse domination parce qu’en réalité la place qu’elle peut espérer occuper à un moment ne tient qu’aux contradictions internes des fractions de la bourgeoisie entre elles et ne saurait correspondre à une force "réelle"), a fortiori sans un prolétariat uni et fort DANS LES LUTTES (et pas dans des alliances bidonnées de façade et "par en haut") qui lui mord les mollets et lui tient la nuque, n’a comme autre effet que d’exciter les fractions bourgeoises les plus féroces et de créer un tel nœud de contradictions dans la bourgeoisie elle même qu’elles ne peuvent être surmontées, in fine, que par la solution du fascisme qui est en soi une solution "originale" de la bourgeoisie, à chaque fois.

En gros je pense que ce que disent les textes de Marx comme ceux de Poulantzas, c’est que, à certains moments de la lutte de classes (qu’il convient d"identifier) la solution de la montée au pouvoir de ce que l’on peut appeler la "petite-bourgeoisie", c’est l’assurance quasi absolue de se prendre fascisme ou dictature dans les dents au coup d’après, pour des raisons évidentes ( mais peut être ai-je mal compris et je suis très ouverte à la critique)...

Marx le dit très bien aussi dans "Les luttes de classes en France" :

De concert avec les républicains bourgeois, ils avaient, le 16 avril, conspiré contre le prolétariat, dans les journées de Juin, ils avaient combattu ensemble. Ce faisant, ils détruisaient eux-mêmes l’arrière-plan sur lequel leur parti se dessinait comme une puissance, car la petite bourgeoisie ne peut garder une position révolutionnaire face à la bourgeoisie que quand le prolétariat est derrière elle. Ils furent remerciés. Le semblant d’alliance, conclue avec eux à contre cœur de façon dissimulée, pendant l’époque du Gouvernement provisoire et de la Commission exécutive fut rompue publiquement par les républicains bourgeois.

Revenons à nos moutons, "le 18 brumaire" (histoire d’un coup d’état) donc :

Je rappelle en gros le contexte historique :

1848 : 2ème révolution française, connue aussi sous le nom des "journées de février" (entre le 22 et le 25 justement ;-)) Sous l’impulsion des libéraux et des républicains et suite à une fusillade, le peuple de Paris se soulève à nouveau et parvient à prendre le contrôle de la capitale. Louis-Philippe, refusant de faire tirer sur les Parisiens, est donc contraint d’abdiquer en faveur de son petit-fils le 24 février.

Les révolutionnaires proclament la Deuxième République le 25 février 1848 et mettent en place un gouvernement provisoire républicain, c’est la "fin" de "la Monarchie de Juillet" (Monarchie qui elle même faisait suite à la Restauration après la période dite "révolution de juillet", et qui était venue au terme d’une sorte de guerre de succession entre Bourbons - Charles X était le frère de Louis XVI et de Louis XVIII, et Orléans, dont le représentant était Louis philippe également appelé au début de sa "carrière" "Philippe égalité" ou "le roi des barricades").

1848 donc, Louis Napoléon Bonaparte est élu président de la 2è république au suffrage "universel" masculin. Le 2 décembre 1851, son coup d’etat mettra fin à la 2ème république.

ca c’est pour le côté chronologique de l’affaire. LL


Voici ce qu’en dit Marx , en 1851 (donc, "à chaud") d’un point de vue politique et de LDC :

"En face de la bourgeoisie coalisée, s’était constituée une coalition entre petits bourgeois et ouvriers, le prétendu Parti social-démocrate.

Les petits bourgeois s’étaient vus mal récompensés au lendemain des journées de Juin 1848. Ils voyaient leurs intérêts matériels menacés et les garanties démocratiques, qui devaient leur assurer la satisfaction de ces intérêts, mises en question par la contre-révolution. Aussi se rapprochèrent-ils des ouvriers.

D’autre part, leur représentation parlementaire, la Montagne, tenue à l’écart pendant la dictature des républicains bourgeois, avait, pendant la seconde moitié de l’existence de la Constituante, grâce à sa lutte contre Bonaparte et les ministres royalistes, reconquis sa popularité perdue. Elle avait conclu une alliance avec les chefs socialistes.

En février 1849, on organisa des banquets de réconciliation. On esquissa un programme commun, on créa des comités électoraux communs, et l’on présenta des candidats communs. On enleva aux revendications sociales du prolétariat leur pointe révolutionnaire, et on leur donna une tournure démocratique. On enleva aux revendications démocratiques de la petite bourgeoisie leur forme purement politique, et on fit ressortir leur pointe socialiste. C’est ainsi que fut créée la social-démocratie.

La nouvelle Montagne, qui fut le résultat de cette combinaison, comprenait, à part quelques figurants tirés de la classe ouvrière et quelques sectaires socialistes, les mêmes éléments que l’ancienne Montagne, mais numériquement plus forts. A vrai dire, elle s’était modifiée, au cours du développement, de même que la classe qu’elle représentait.

Le caractère propre de la social-démocratie se résumait en ce qu’elle réclamait des institutions républicaines démocratiques comme moyen, non pas de supprimer les deux extrêmes, le capital et le salariat, mais d’atténuer leur antagonisme et de le transformer en harmonie. Quelle que soit la diversité des mesures qu’on puisse proposer pour atteindre ce but, quel que soit le caractère plus ou moins révolutionnaire des conceptions dont il puisse être revêtu, le contenu reste le même. C’est la transformation de la société par voie démocratique, mais c’est une transformation dans le cadre petit-bourgeois.

Il ne faudrait pas partager cette conception bornée que la petite bourgeoisie a pour principe de vouloir faire triompher un intérêt égoïste de classe. Elle croit au contraire que les conditions particulières de sa libération sont les conditions générales en dehors desquelles la société moderne ne peut être sauvée et la lutte des classes évitée.

Il ne faut pas s’imaginer non plus que les représentants démocrates sont tous des shopkeepers (boutiquiers) ou qu’ils s’enthousiasment pour ces derniers. Ils peuvent, par leur culture et leur situation personnelle, être séparés d’eux par un abîme. Ce qui en fait les représentants de la petite bourgeoisie, c’est que leur cerveau ne peut dépasser les limites que le petit bourgeois ne dépasse pas lui-même dans sa vie, et que, par conséquent, ils sont théoriquement poussés aux mêmes problèmes et aux mêmes solutions auxquelles leur intérêt matériel et leur situation sociale poussent pratiquement les petits bourgeois. Tel est, d’une façon générale, le rapport qui existe entre les représentants politiques et littéraires d’une classe et la classe qu’ils représentent.

Etant donné ce qui précède, il est tout naturel que si la Montagne luttait continuellement contre le parti de l’ordre pour la défense de la République et des prétendus droits de l’homme, ni la République ni les droits de l’homme n’étaient ses buts suprêmes, pas plus qu’une armée qu’on veut dépouiller de ses armes et qui résiste n’a engagé la bataille pour rester en possession de ses armes.

Le parti de l’ordre provoqua la Montagne dès l’ouverture de l’Assemblée nationale.

La bourgeoisie sentait la nécessité d’en finir avec des petits bourgeois démocrates, de même qu’une année auparavant elle avait compris la nécessité d’en finir avec le prolétariat révolutionnaire.

Seulement, la situation de l’adversaire était différente. La force du parti prolétarien était dans la rue, celle de la petite bourgeoisie au sein de l’Assemblée nationale elle-même.

Il s’agissait, par conséquent, de l’attirer hors de l’Assemblée nationale, dans la rue, et de lui faire ainsi briser elle-même sa puissance parlementaire, avant qu’elle eût eu le temps et l’occasion de la consolider.

La Montagne donna tête baissée dans le panneau.

Le bombardement de Rome par les troupes françaises fut l’amorce qu’on lui jeta.

Il constituait une violation de l’article V de la Constitution, qui interdit à la République française d’employer ses forces militaires contre les libertés d’un autre peuple.

En outre, l’article IV interdisait également toute déclaration de guerre de la part du pouvoir exécutif, sans l’assentiment de l’Assemblée nationale, et la Constituante avait, par sa décision du 8 mai, désapprouvé l’expédition romaine.

C’est pour ces raisons que Ledru-Rollin déposa, le 11 juin 1849, une demande de mise en accusation de Bonaparte et de ses ministres.

Irrité par les piqûres de Thiers, il alla jusqu’à menacer de vouloir défendre la Constitution par tous les moyens, y compris la force des armes.

La Montagne se dressa comme un seul homme et répéta cet appel aux armes.

Le 12 juin, l’Assemblée nationale repoussa la demande de mise en accusation, et la Montagne quitta le Parlement.

On connaît les événements du 13 juin : la proclamation d’une partie de la Montagne, déclarant Bonaparte et ses ministres « hors la Constitution », la procession dans les rues de gardes nationaux démocrates qui, sans armes comme ils l’étaient, se dispersèrent à leur première rencontre avec les troupes de Changarnier, etc., etc.

Une partie de la Montagne se réfugia à l’étranger, une autre fut déférée à la Haute Cour à Bourges, et un règlement parlementaire soumit le reste à la surveillance magistrale du président de l’Assemblée nationale. Paris fut mis à nouveau en état de siège et la fraction démocrate de sa garde nationale dissoute. Ainsi furent brisées l’influence de la Montagne au Parlement et la force de la petite bourgeoisie à Paris.

Lyon, où le 13 juin avait été donné le signal d’une sanglante insurrection ouvrière, fut, de même, avec les cinq départements environnants, déclaré en état de siège, situation qui se prolonge encore jusqu’à présent.

Le gros de la Montagne avait abandonné son avant-garde en se refusant à signer sa proclamation. La presse avait déserté, en ce sens que deux journaux seulement avaient osé publier le pronunciamiento.

Les petits bourgeois trahirent leurs représentants, car les gardes nationaux furent absents, ou, là où ils se montrèrent s’opposèrent à la construction de barricades. Les représentants avaient trompé les petits bourgeois, car il fut impossible de trouver nulle part les prétendus affiliés qu’on avait dans l’armée. Enfin, au lieu de tirer un supplément de force du prolétariat, le Parti démocrate avait infecté ce dernier de sa propre faiblesse et, comme cela se produit d’ordinaire lors des prouesses démocratiques, les chefs eurent la satisfaction de pouvoir accuser leur « peuple » de désertion, et le peuple celle de pouvoir accuser ses chefs de duperie.

Rarement action fut annoncée avec plus de fracas que le fut l’entrée en campagne imminente de la Montagne, et rarement événement fut annoncé à son de trompe avec plus d’assurance et plus longtemps d’avance que le fut la victoire inévitable de la démocratie. Assurément, les démocrates croient aux trompettes dont les sonorités renversèrent les murailles de Jéricho. Chaque fois qu’ils rencontrent devant eux les remparts du despotisme, ils s’efforcent de refaire le miracle. Si la Montagne voulait vaincre au Parlement, elle ne devait pas appeler aux armes. Si elle appelait aux armes au Parlement, elle ne devait pas se conduire parlementairement dans la rue. Si l’on se proposait sérieusement une démonstration pacifique, il était stupide de ne pas prévoir qu’elle serait accueillie belliqueusement. S’il fallait s’attendre à une lutte véritable, il était vraiment original de déposer les armes avec lesquelles il fallait mener cette lutte. Mais les menaces révolutionnaires des petits bourgeois et de leurs représentants démocrates ne sont que de simples tentatives d’intimidation de l’adversaire. Et quand ils sont acculés, quand ils se sont suffisamment compromis pour se voir contraints de mettre leurs menaces à exécution, ils le font d’une manière équivoque qui n’évite rien tant que les moyens propres au but et cherche avidement des prétextes de défaite. L’ouverture éclatante annonçant le combat se perd en un faible murmure dès que le combat doit commencer. Les acteurs cessent de se prendre au sérieux, et l’action s’écroule lamentablement comme une baudruche que l’on perce avec une aiguille.

Aucun parti ne s’exagère davantage les moyens dont il dispose que le Parti démocrate. Aucun ne s’illusionne plus légèrement sur la situation. Parce qu’une partie de l’armée avait voté pour elle, la Montagne était persuadée que l’armée se soulèverait en sa faveur. Et à quelle occasion ? A une occasion qui, du point de vue des troupes, ne signifiait autre chose que ceci : les révolutionnaires prenaient parti pour les soldats romains contre les soldats français.

D’autre part, les souvenirs de Juin 1848 étaient encore trop vivaces pour que le prolétariat ne ressentît pas une aversion profonde à l’égard de la garde nationale, et pour que les chefs des sociétés secrètes n’eussent pas une profonde méfiance à l’égard des chefs du Parti démocrate.

Pour aplanir ces différends, il fallait les grands intérêts communs qui étaient en jeu. La violation d’un paragraphe abstrait de la Constitution ne pouvait pas offrir cet intérêt. La Constitution n’avait-elle pas été déjà violée à différentes reprises, de l’aveu des démocrates eux-mêmes ?

Les journaux les plus populaires ne l’avaient-ils pas stigmatisée comme une machination contre-révolutionnaire ?

Mais le démocrate, parce qu’il représente la petite bourgeoisie, par conséquent une classe intermédiaire, au sein de laquelle s’émoussent les intérêts de deux classes opposées, s’imagine être au-dessus des antagonismes de classe.

Les démocrates reconnaissent qu’ils ont devant eux une classe privilégiée, mais eux, avec tout le reste de la nation, ils constituent le peuple. Ce qu’ils représentent, c’est le droit du peuple ; ce qui les intéresse, c’est l’intérêt du peuple. Ils n’ont donc pas besoin, avant d’engager une lutte, d’examiner les intérêts et les positions des différentes classes. Ils n’ont pas besoin de peser trop minutieusement leurs propres moyens. Ils n’ont qu’à donner le signal pour que le peuple fonce avec toutes ses ressources inépuisables sur ses oppresseurs.

Mais si, dans la pratique, leurs intérêts apparaissent sans intérêt, et si leur puissance se révèle comme une impuissance, la faute en est ou aux sophistes criminels qui divisent le peuple indivisible en plusieurs camps ennemis, ou à l’armée qui est trop abrutie et trop aveuglée pour considérer les buts de la démocratie comme son propre bien, ou encore, c’est qu’un détail d’exécution a tout fait échouer, ou, enfin, c’est qu’un hasard imprévu a fait perdre cette fois la partie.

En tout cas, le démocrate sort de la défaite la plus honteuse tout aussi par qu’il était innocent lorsqu’il est entré dans la lutte, avec la conviction nouvelle qu’il doit vaincre, non pas parce que lui et son parti devront abandonner leur ancien point de vue, mais parce que, au contraire, les conditions devront mûrir.

C’est pourquoi il ne faut pas se représenter la Montagne décimée, abattue et humiliée par le nouveau règlement parlementaire, comme trop malheureuse.

Si le 13 juin avait éloigné ses chefs, il faisait place à des capacités inférieures flattées de cette nouvelle situation.

Comme leur impuissance au Parlement ne pouvait plus être mise en doute, ils étaient dès lors en droit de limiter leur activité à des accès d’indignation morale et à des déclamations ronflantes. Si le parti de l’ordre feignait de voir en eux les derniers représentants officiels de la Révolution, l’incarnation de toutes les horreurs de l’anarchie, ils pouvaient, en réalité, être d’autant plus plats et plus modestes. Mais ils se consolèrent du 13 juin par ce profond détour : « Qu’on essaye seulement de toucher au suffrage universel ! Nous montrerons alors ce que nous sommes ! Nous verrons. »

En ce qui concerne les Montagnards réfugiés à l’étranger, il suffit de faire remarquer ici que Ledru-Rollin, parce qu’il avait réussi à ruiner en moins de quinze jours, sans espoir de retour, le puissant parti à la tête duquel il se trouvait, se crut désigné pour former un gouvernement français in partibus, que sa figure, dans le lointain, éloignée du terrain de l’action, paraissait grandir au fur et à mesure que baissait le niveau de la révolution et que les grandeurs officielles de la France officielle devenaient de plus en plus minuscules. Il put faire figure de prétendant républicain pour 1852, envoyant des circulaires périodiques aux Valaques et autres peuples, dans lesquelles il menaçait les despotes du continent de son intervention et de celle de ses alliés. Proudhon avait-il complètement tort quand il criait à ces messieurs : « Vous n’êtes que des blagueurs » ?

Le 13 juin, le parti de l’ordre n’avait pas seulement abattu la Montagne, il avait encore réussi à subordonner la Constitution aux décisions de la majorité de l’Assemblée nationale.

Il concevait la République de la façon suivante : la bourgeoisie dominait maintenant sous des formes parlementaires, sans que cette domination fût limitée, comme dans la monarchie, par le veto du pouvoir exécutif ou le droit de dissolution du Parlement. C’était la République parlementaire, comme l’appelait Thiers. Mais si la bourgeoisie assura, le 13 juin, sa toute-puissance à l’intérieur du Parlement, ne frappait-elle pas ce Parlement lui-même, à l’égard du pouvoir exécutif et du peuple, d’une faiblesse irrémédiable, en expulsant sa fraction la plus populaire ? En livrant, sans autres formes de cérémonie, de nombreux députés aux réquisitions des parquets, elle supprimait sa propre immunité parlementaire. Le règlement humiliant auquel elle soumettait la Montagne élevait le président de la République dans la mesure où il abaissait chaque représentant du peuple. En flétrissant comme anarchiste, comme un acte visant au renversement de la société, l’insurrection entreprise pour la défense de la Constitution, elle s’interdisait à elle-même l’appel à l’insurrection, dès que le pouvoir exécutif violerait à ses dépens la Constitution. L’ironie de l’histoire a voulu que le général, qui, sur l’ordre de Bonaparte, bombarda Rome, et fut ainsi la cause directe de l’émeute constitutionnelle du 13 juin, Oudinot, fut, le 2 décembre 1851, présenté instamment et vainement au peuple par le parti de l’ordre comme général de la Constitution contre Bonaparte.

Un autre héros du 13 juin, Vieyra, qu’on félicita, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, pour les brutalités qu’il avait exercées dans les locaux des journaux démocratiques, à la tête d’une bande de gardes nationaux appartenant à la haute finance, ce même Vieyra fut initié à la conspiration de Bonaparte, et contribua considérablement à priver l’Assemblée nationale, quand sa dernière heure fut arrivée, de toute protection de la part de la garde nationale.

Le 13 juin eut encore une autre signification.

La Montagne avait voulu arracher la mise en accusation de Bonaparte. Sa défaite fut, par conséquent, une victoire directe de Bonaparte, son triomphe personnel sur ses adversaires démocrates.

Le parti de l’ordre combattit pour obtenir la victoire, Bonaparte n’eut qu’à l’encaisser.

C’est ce qu’il fit.

Le 14 juin, on put lire sur les murs de Paris une proclamation dans laquelle le président, pour ainsi dire à son insu, malgré lui, contraint par la seule force des événements, sortait de son isolement monacal, se plaignait, vertu méconnue, des calomnies de ses adversaires et, tout en paraissant identifier sa personne avec la cause de l’ordre, identifiait plutôt la cause de l’ordre avec sa propre personne.

De plus, si l’Assemblée nationale avait approuvé, quoique après coup, l’expédition contre Rome [41], c’était lui, Bonaparte, qui en avait pris l’initiative. Après avoir ramené au Vatican le grand-prêtre Samuel, il pouvait espérer, nouveau roi David, s’installer aux Tuileries [42]. Il avait gagné les curés.

L’émeute du 13 juin se borna, comme nous l’avons vu, à une procession pacifique dans les rues. Il n’y eut donc pas de lauriers militaires à conquérir contre elle. Il n’en est pas moins vrai que, dans cette époque aussi pauvre en héros qu’en événements, le parti de l’ordre transforma cette bataille sans effusion de sang en un second Austerlitz [43]. La tribune et la presse célébrèrent dans l’armée la puissance de l’ordre opposée aux masses populaires, représentant l’impuissance de l’anarchie, et glorifièrent Changarnier, le « rempart de la société ». Mystification à laquelle celui-ci finit par croire lui-même. Mais, en sous-main, les corps qui paraissaient douteux furent éloignés de Paris, les régiments qui avaient voté en faveur des démocrates furent exilés de France en Algérie, les têtes chaudes des troupes envoyées aux compagnies de discipline.

Enfin, on coupa systématiquement la presse de la caserne, et la caserne de la société bourgeoise.

Nous voici au tournant décisif de l’histoire de la garde nationale française.

En 1830, c’est elle qui avait décidé du renversement de la Restauration.

Sous Louis-Philippe, chaque émeute dans laquelle la garde nationale se plaça du côté des troupes échoua.

Quand, lors des journées de Février 1848, elle observa une attitude passive à l’égard de l’insurrection, et douteuse à l’égard de Louis-Philippe, ce dernier se considéra comme perdu, et il était réellement perdu.

C’est ainsi que s’enracina la conviction que la révolution ne pouvait pas vaincre sans la garde nationale et que l’armée ne pouvait pas vaincre contre elle. C’était là une croyance superstitieuse de l’armée dans la toute-puissance de la population civile (bürgerliche Allmacht) [44].

Les journées de Juin 1848, au cours desquelles toute la garde nationale écrasa l’insurrection à l’aide des troupes de ligne, n’avaient fait que renforcer cette croyance superstitieuse.

Après l’arrivée au pouvoir de Bonaparte, l’influence de la garde nationale diminua, en quelque sorte, par suite de la réunion inconstitutionnelle de son commandement avec le commandement de la première division militaire dans la personne de Changarnier.

Le commandement de la garde nationale paraissant maintenant comme un simple attribut du commandement militaire suprême, la garde nationale ne fut plus, semble-t-il, qu’une dépendance des troupes de ligne.

Le 13 juin, elle fut enfin brisée et pas seulement par suite de sa dissolution partielle, qui, depuis cette époque, se répéta périodiquement dans toutes les parties de la France et n’en laissa subsister que des débris.

La démonstration du 13 juin avait été avant tout une démonstration des gardes nationaux démocrates.

Ils n’avaient pas opposé à l’armée leurs armes, mais leur uniforme.

Or, c’est précisément dans cet uniforme que résidait le talisman.

L’armée put se convaincre que cet uniforme était un chiffon de laine tout comme un autre. Le charme était rompu.

Lors des journées de Juin 1848, la bourgeoisie et la petite bourgeoisie, en tant que garde nationale, s’étaient unies avec l’armée contre le prolétariat.

Le 13 juin 1849, la bourgeoisie fit disperser la garde nationale petite-bourgeoise par l’armée.

Le 2 décembre 1851, la garde nationale bourgeoise disparaissait, elle-même, et Bonaparte ne fit que constater un fait accompli, lorsqu’il signa après coup son décret de dissolution. C’est ainsi que la bourgeoisie avait brisé elle-même sa dernière arme contre l’armée, et elle devait la briser à partir du moment où la petite bourgeoisie ne fut plus pour elle une vassale, mais une rebelle, de même qu’elle devait, d’une façon générale, détruire de sa propre main tous ses moyens de défense contre l’absolutisme, dès qu’elle fut devenue elle-même absolue.

Cependant, le parti de l’ordre célébra la reprise d’un pouvoir qu’il ne semblait avoir perdu en 1848 que pour le retrouver en 1849 sans aucune limite, par des invectives contre la République et la Constitution, par des anathèmes contre toutes les révolutions passées, présentes et futures, y compris celles qu’avaient faites ses propres chefs, et par des lois muselant la presse, supprimant le droit d’association et faisant de l’état de siège une institution régulière, organique.

Puis, l’Assemblée nationale s’ajourna de la mi-août à la mi-octobre, après avoir nommé une commission permanente pour toute la durée de son absence. Pendant ces vacances, les légitimistes intriguèrent avec Ems, les orléanistes avec Claremont, Bonaparte le fit par des tournées princières, et les conseils départementaux en discutant la révision de la Constitution. Incidents qui se reproduisent régulièrement lors des vacances périodiques de l’Assemblée nationale et dont je ne parlerai qu’une fois devenus des événements.

Remarquons simplement ici que l’Assemblée nationale agissait d’une façon non politique, en disparaissant de la scène pour un long intervalle de temps et en ne laissant apercevoir à la tête de la République qu’une seule silhouette, même aussi lamentable que celle de Louis Bonaparte, tandis que le parti de l’ordre, au grand scandale du public, se divisait en ses différents éléments royalistes et s’abandonnait à ses divergences intérieures concernant la restauration monarchiste.

Chaque fois que, pendant ces vacances, s’éteignit le bruit confus du Parlement, et que ce dernier se sépara pour se répandre dans la nation, il apparut d’une façon indiscutable qu’il ne manquait plus qu’une seule chose pour compléter la véritable figure de cette République : rendre ses vacances permanentes et remplacer sa devise : Liberté, Egalité, Fraternité ! par les termes non équivoques de : Infanterie, Cavalerie, Artillerie !

http://www.marxists.org/francais/ma...



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Commentaires de l'article
Relire Marx/ 25 février 1848 - 25 février 2011
25 février 2011 - 11h50

Et le 25 février 1848 avant le travestissement quasi-immédiat par les forces de la petite-bourgeoisie, c’est bien LE DRAPEAU ROUGE qui flottait sur PARIS et non le Drapeau tricolore...

source



Relire Marx/ 25 février 1848 - 25 février 2011
25 février 2011 - 16h39

Merci Juan de lever un bout du voile deposé depuis un siecle sur 1848 :

reprise d’un commentaire ,mais valable aussi pour ce post a echelle nationale (nationaliste ??),sans lien avec l’echelle de l’evenement ...

Samer HC says :
24/02/2011 at 8:46 pm

L’article de Fitopoulos a oublié un modèle à examiner, celui du “printemps des peuples” en Europe durant l’année 1848 dont les ressemblances avec les dernières floraisons de revolution dans l’afrique du nord sont beaucoup plus frappantes que le modèle iranien de 1979, ou de l’europe de l’est en 1989

http://nawaat.org/portail/2011/02/2...






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Grains de sable - C’est l’heure de l’mettre !
mercredi 31 - 20h49
de : Hdm
Le virus et le président, interview des auteurs
mardi 30 - 17h14
de : Claude Janvier
Pendant la pandémie, le sacage de l’Hopiltal continu
mardi 30 - 15h06
de : Alain Collet
Réponse à la déclaration de l’EMA sur l’ivermectine pour la Covid-19
mardi 30 - 11h37
de : pierrot
À la direction d’Info’Com-CGT : soutien aux camarades Roberto Ferrario et Sidi Boussetta
lundi 29 - 17h40
de : FRONT POPULAIRE
La Marche pour une vraie Loi Climat
lundi 29 - 16h57
de : joclaude
1 commentaire
Vaccin Pfizer en Israël, des résultats ?
lundi 29 - 16h45
de : joclaude
Caravane contre le blocus à La Havane
lundi 29 - 16h13
de : joclaude
Théâtre de l’Odéon occupé, l’orchestre de soutien chante El Pueblo !!
lundi 29 - 15h52
de : joclaude
Chant : « Quand nous en serons au temps des cerises », c’est beau !
dimanche 28 - 17h16
de : joclaude

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DAZIBAO
À la direction d’Info’Com-CGT : soutien aux camarades Roberto Ferrario et Sidi Boussetta
lundi 29 mars
de FRONT POPULAIRE
À la direction d’Info’Com-CGT Nous avons appris dernièrement les discriminations, les harcèlements dont sont victimes les camarades Roberto Ferrario et Sidi Boussetta. Le camarade Roberto Ferrario est un militant qui contribue à diffuser de vraies informations, à diffuser pour le peuple et non contre le peuple, à diffuser des communiqués grâce à son site internet bellaciao.org Sidi Boussetta, secrétaire-adjoint de l’UL CGT de Blois est un militant reconnu. Ce camarade (...)
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Agir contre les discriminations et les harcèlements dans Info’com-CGT !!!
jeudi 25 mars
de Roberto Giordano Ernesto Ferrario
Je pas seulement le mème deuxième prénom "Ernesto" mais je partage aussi pas mal de ces idées. Dédicace spécial à la direction de Info’Com-CGT qui discrimine et harcèle les camarades militants... Roberto Giordano Ernesto Ferrario "Sobre todo, sean siempre capaces de sentir en lo más hondo cualquier injusticia cometida contra cualquiera en cualquier parte del mundo. Es la cualidad más linda de un revolucionario." Che Guevara Traduction : "Surtout, soyez toujours capables de (...)
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Honteux !!! : un salarié viré par la direction de Info’Com-CGT, avant d’être embauché...
mercredi 10 mars
de UlCGT-Vendome
Bonjour, A l’attention de : Romain Atlman de : David Jordan de : Julien Gicquel de : Marianne Ravaud Nous suivons toujours avec intérêt la situation dans laquelle se trouve notre camarade Sidi. Situation dont vous êtes à l’origine. Sidi est un militant convaincu, honnête, qui donne tout de sa personne aux autres. C’est d’ailleurs notamment pour ces raisons que vous êtes venus le chercher. Vous a-t-il fait peur ou vous a-t-il fait de l’ombre ? (...)
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8 mars à Ciudad Juarez, Mexique, État de Chihuahua, à la frontière avec les États-Unis
lundi 8 mars
de Roberto Ferrario
de Roberto Ferrario A Ciudad Juarez depuis 1993, plus de 500 cadavres ont été retrouvés dans des décharges et dans les zones désertes, la plupart des femmes jeunes voire adolescentes, étudiantes, ouvrières de nuit dans les usines, femmes de chambres, petites employées. Beaucoup vivent dans des conditions très précaires avec parfois des enfants à élever. Elles ont été enlevées, détenues en captivité, victimes de tortures et de graves violences sexuelles avant d’être assassinées à (...)
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Un vieil article qui reste d’actualité : "Sarkozy l’Italien"
mardi 2 mars
de Roberto Ferrario
1 commentaire
jeudi 9 avril 2009 Le meurtre perpétré par les fascistes de Sergio Argada le 20 octobre 1974 a Lamezia Terme de Bellaciao Avertissement - Comme vous le savez peut-être, nous sommes un collectif Franco-Italien. Nous avons toujours un œil sur la vie politique italienne et l’autre sur la vie politique française. Dernièrement, nous sommes souvent troublés par les nombreuses coïncidences, par les échos, que l’on trouve d’une ou de l’autre chez le voisin (...)
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Ca chauffe grave chez #Info’Com-CGT !!!
mardi 23 février
de Stéphane Paturey et Olivier Blandin (anciens secrétaires du syndicat)
Lettre ouverte à #RomainAltmann, secrétaire général d’#Info’Com-CGT Directement, sans contour, permets-nous de trouver ton commentaire hallucinant ! Comme à l’accoutumée, des généralités mais jamais de fond. Ce sens perpétuel du raccourci passe peut-être devant une commission exécutive (CE)… beaucoup moins lorsque des camarades apprennent les méthodes, les mensonges et les calomnies que tu couvres dans notre syndicat. Ce n’est pas digne d’une direction (...)
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Lettre ouverte au secrétariat Info’Com-CGT
mercredi 3 février
de Sidi Boussetta
2 commentaires
Au secrétariat Info’Com-CGT Vous êtes venu me chercher il y a 4 ans suite à cet article dans l’Humanité car vous "aviez besoin de militants". Par conviction, j’ai lâché le CDI et l’appartement qui m’attendaient à Nantes. J’ai fait ça pour rejoindre vos rangs. Vous m’avez proposé un emploi au Journal Officiel. Vous avez fait des réunions pour proposer mon nom comme futur CDI au Journal officiel. Suite à un "refus", vous m’aviez dit que le (...)
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