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Descartes et le national-cartésianisme

de : Marc Alpozzo
mercredi 5 décembre 2007 - 14h37 - Signaler aux modérateurs
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de Marc Alpozzo

Donc, la France serait cartésienne ? L’adjectif « cartésien » aurait échappé au champ philosophique pour exprimer dans une extension généraliste, un état d’esprit franco-français ? Et le père du cogito en deux cents ans serait devenu à la fois l’expression d’une identité nationale, d’une division nationale et la victime plus ou moins consentante d’une tyrannie de la pensée…

Kant prétendait avec raison que l’individu était doté d’une faculté de distinguer et de juger. Autrement dit, l’individu détiendrait une faculté critique qui lui confèrerait une toute nouvelle autonomie. Sapera aude (« Ose savoir ») ordonnaient les lumières allemandes. Ce sentiment que la raison puisse tout n’est pourtant pas neuve. Toutes les conceptions rationalistes, sous l’influence de Descartes, prétendent que l’homme trouvera son autonomie et sa liberté intellectuelle après avoir bien conduit sa raison.

Le XVIIème siècle aura été le siècle de la raison tandis que le XVIIIème celui de la raison éclairée. Point d’achoppement d’une rationalité éclairée qui s’étendra à toutes les activités humaines : la philosophie, les sciences, la morale ou encore les arts.

Dans ce contexte, tandis que « les Allemands ne se disent pas kantiens ni les Anglais lockiens » (François Azouvi, Descartes et la France, Pluriel, p.7), le Français n’hésite pas à s’affubler du qualificatif de « cartésien » pour exprimer ses qualités d’ordre et de clarté et son sens infaillible de la liberté.

Cette question de la liberté infaillible est effectivement un point de réflexion central pour comprendre le comportement français, des règles supra-individuelles, dans leur dimension morale, politique ou encore métaphysique et religieuse. C’est l’affirmation sans conditions de la liberté de l’homme.

Descartes est ce premier moderne, car il a installé dans le débat philosophique l’affirmation d’un sujet autonome capable de penser le monde lui-même en tant que sujet-pensant. Il a fondé en certitude le « je » qui doute comme point irréductible en-deçà duquel le doute ne peut s’exercer. La célèbre formule cartésienne tirée du fameux Discours de la méthode : « je pense donc je suis » pose habillement une intuition qui saisit l’identité dans trois moments constitutifs : je doute = je pense = j’existe. CQFD.

La formule cartésienne, dont nous ne chercherons à discuter de son objectivité philosophique, exprime une intuition, véritable détonateur d’une quête de certitudes fondées sur l’élaboration de notions claires et distinctes.

La rationalité aurait ainsi, par le biais de Descartes, débarqué au pays de Voltaire. La pensée française, et son organisation politique aurait-elle subitement été influencée par le système de Descartes, fondé sur l’analyse, la classification, l’ordre et l’ordonnancement ? Trois siècles et demi de disputes et de controverses amenant à ainsi fabriquer le mythe d’une France cartésienne. Du siècle de Louis XIV, des lumières et anti-lumières, de l’ère des révolutions à la IIIème République, ce qui est en question c’est « un épisode de la constitution de l’identité culturelle et politique française par le biais du sort – ou des sorts – qu’elle réserve à l’auteur du Discours de la méthode depuis sa mort jusqu’à la période contemporaine » (François Azouvi, Op. cit., p.11).

En 1650, Descartes meurt. Trois ans plus tard, la Fronde est matée. L’année suivante, Louis XVI est sacré à Reims. Puis c’est au tour de la disparition de Gassendi, ce « libertin érudit » redoutable lecteur critique de Descartes. En 1661, §Colbert remplace un Fouquet tombé en disgrâce, ce qui ouvre la porte à Le Brun. Presque tous les premiers serviteurs de l’Etat sont cartésiens. La raison triomphe et trouve en Descartes une légitimité philosophique qui justifie son extension au domaine politique, institutionnel et artistique. Au lendemain de la mort de Descartes, le cartésianisme devient un cartésianisme de référence, un cartésianisme dogmatique, appliqué à l’organisation du Tout-Etat mis en œuvre par Louis XIV. Ainsi, c’est en fini du scepticisme d’un Montaigne qui doutait de la capacité d’un être humain de parvenir à une quelconque vérité. Désormais, la volonté, le libre arbitre préviennent les dérèglements de l’âme. La raison cartésienne est altière, entreprenante, conquérante.

L’une des grandes ambitions du siècle classique, réputé « siècle de la raison », touche aux sciences et techniques. Descartes, dans les dernières pages du Discours de la méthode, nous demande de nous faire comme maîtres et possesseurs de la nature. Entendez « toute nature ». Que ce soit les phénomènes dits naturels étudiés par l’astronomie, la physique et la chimie, ou encore la nature biologique de l’homme et l’être moral soumis aux passions et aux affects.

Bienvenue à la toute puissance du rationalisme qui se fera au détriment des facultés sensibles. Le dogmatisme froid d’un système cartésien qui se fonde exclusivement sur la méthode scientifique et les certitudes mathématiques installe durablement dans la pensée française la puissance du rationnel.

Au centre de ce rationalisme, il y a bien entendu le sujet, affirmant son autonomie aussi bien à travers le doute qu’à travers la certitude de sa propre pensée. Première révolution philosophique. « Je ne remarque en nous qu’une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l’usage de notre libre-arbitre et l’empire que nous avons sur nos volontés » écrit Descartes dans ses Passions de l’âme. Cette révolution philosophique touche essentiellement au statut du sujet pensant au regard des siècles antérieurs.

Selon Descartes, Dieu est le garant des vérités mathématiques et aussi garant de notre pensée. Du même coup, il assure la possibilité de la connaissance. Aussi, l’homme peut ainsi accéder au savoir s’il lui plait d’exercer d’un côté sa volonté conformément aux règles de la raison car Dieu lui a accordé un libre arbitre dans l’ordre de la connaissance. Grâce au « Je pense, je suis », l’homme dispose d’une idée suffisamment claire et distinct de son esprit. D’un autre côté, dans l’ordre des passions, il peut douter de sa véracité, suspendre son jugement. Dieu, selon Descartes, nous a fait « maîtres de nous-mêmes ».

C’est donc l’histoire d’une ambition française. Celle d’installer l’homme au centre du monde ; de lui donner tous les outils nécessaires pour obtenir la pleine maîtrise de lui-même. C’est également un projet philosophique moderne. Démocratique, humaniste et rationnel. Le 5 août 1889, Thorez déclare dans un discours proclamé à la Sorbonne : « Dans l’air que respire tout homme civilisé, il y a quelque chose de la France. Ce n’est pas en vain qu’elle a donné au monde cette double révélation : le Discours de la méthode et la Déclaration des droits de l’homme. » (François Azouvi, Op. cit., p. 316).


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