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Paroles de profs

de : Éducation nationale
dimanche 18 mai 2003 - 15h37 - Signaler aux modérateurs

Mobilisation nationale le 19 Mai 2003

Éducation nationale

Paroles de profs

Avant la mobilisation nationale du 19 mai, "Le Monde" a recueilli les témoignages d’enseignants à travers la France. La perspective d’une décentralisation accrue du système d’éducation les inquiète.

Ils en ont scotché un peu partout sur les murs, mais pas sur les portes. Le proviseur craindrait pour la peinture. "Des formules chocs", comme dit Olivier, 28 ans, professeur d’histoire et de géographie, des slogans à l’adresse des "collègues" incertains : "Vous qui transmettez l’indépendance de la connaissance, du savoir et de la pensée, acceptez-vous que l’éducation et l’orientation des élèves soient subordonnées à la logique économique locale ?" ; "Vous qui transmettez l’honnêteté intellectuelle, comment acceptez-vous qu’on nous impose un discours tendancieux, partial et arbitraire sur nos retraites ?" ; "Vous qui avez passé un concours national d’enseignement, pouvez- vous accepter que le ministère de l’éducation nationale devienne le ministère de l’éducation (Voir Journal officiel du 5 mars 2003) ?"

Ainsi s’affichent à Chelles (Seine-et-Marne), au lycée Bachelard, les ferments d’une inquiétude qui gronde en France, depuis quelques semaines, dans les écoles, les collèges et les lycées, et s’amplifie, de manifestation en manifestation, dans la rue.

On est allé dans un café, loin du lycée, vers la gare, pour en parler. L’inspecteur d’académie en aurait été satisfait, qui, comme d’autres de ses collègues dans d’autres départements, dans une note confidentielle aux personnels de direction, début mai, a fait interdire, façon couvre-feu médiatique, toute interview dans ou "aux abords" des établissements.

Morgan, 25 ans, qui enseigne les lettres depuis trois ans, syndiquée au Snes-FSU comme Olivier, a montré le fameux JO du 5 mars dans lequel a disparu le qualificatif "nationale", généralement accolé à "ministère de l’éducation". Non syndiquées, Anne, 40 ans, professeur de philosophie, Estelle, 29 ans, et Karine, 31 ans, historiennes-géographes, voient là elles-aussi la marque d’une volonté de "démanteler", à terme, le service public, où elles exercent leur vocation.

Au lycée Bachelard, le mécontentement a pris racine un peu plus tard que dans certains établissements du département voisin de la Seine-Saint-Denis, où les personnels sont en grève reconductible depuis parfois trois semaines. Olivier : "Difficile de dire combien d’enseignants sont en grève dans l’établissement". De 20 % à 25 % peut-être, en "reconductible". 80 % les jours de grève nationale. "Certains hésitent, pour des questions financières. Il y a la maison à crédit à payer, etc. D’autres pensent aux examens qui approchent et aux conséquences pour les élèves."

Il y eut la journée du 6 mai, un début de mouvement, et puis relâche. "Les médias n’avaient pas pris le relais." Puis la forte mobilisation du 13, à Paris et en province. "Depuis, on sent que les choses ont bougé." Les plus mobilisés ont distribué des tracts aux élèves jeudi 15, à l’ouverture du lycée. Vers midi, pour l’assemblée générale d’information, le réfectoire était complet. On songe maintenant à la journée du 19.

"Avec la grève du 13, l’attention a été portée sur les retraites, explique Olivier. Mais ce qui nous préoccupe le plus, c’est la question de la régionalisation."La décentralisation, qui prévoit le passage de 100 000 fonctionnaires de l’éducation nationale (conseillers d’orientation-psychologues, assistantes sociales, médecins scolaires, ouvriers, techniciens et agents de service) sous l’autorité des collectivités locales. A Bachelard, les agents techniques sont en grève reconductible depuis mardi 6. La cantine ne fonctionne plus.

UN THÉORICIEN REVANCHARD

Estelle : "La centralisation, on n’y tient pas par jacobinisme. Mais pour moi, dont la famille vivait sur une pension d’invalidité, qui ai connu les bourses d’Etat, la solidarité d’Etat, c’est quelque chose de fondamental. C’est cela qui m’a construite." Et encore : "Avec la décentralisation, ce qui est en jeu, c’est la dérive du système d’éducation vers un système uniquement dédié à la formation professionnelle, aux besoins de l’économie locale." Anne : "De toute façon, tout cela avait commencé déjà sous Jospin, lorsqu’il était ministre de l’éducation nationale, ça continuait sous Allègre et Lang. Le problème, ce n’est pas Luc Ferry." Tous : "La différence, c’est que cela s’accélère maintenant."

Anne, l’aînée, la philosophe, a entre les mains laLettre à tous ceux qui aiment l’école, le livre- programme du ministre-philosophe. Des six, elle est la seule à l’avoir lu. Olivier "n’a pas le temps" : "Je prépare l’agrégation." Morgan n’a "de toute façon pas l’intention de le lire". "Tout cela vient d’en haut, sans concertation."

Morgan toujours : "Luc Ferry, il donne le ton idéologiquement." Anne : "Il est fondamentalement réactionnaire." Estelle : "On a l’impression qu’il a une tâche à accomplir. Mais Ferry ou un autre, c’est pareil. Ce n’est pas lui qui pose problème, c’est l’idéologie. La question, c’est de savoir à quoi sert l’école, à quoi sert l’Etat."

Derrière le ministre, l’idéologie. Le refrain traverse les départements. "Le problème,entend-on, de bouche syndiquée ou non, c’est la politique du gouvernement." Professeur au lycée technologique Déodat-de-Séverac de Toulouse et syndiqué au SNES-FSU, Bernard Deswarte avoue qu’il "connaissait peu" Luc Ferry avant sa nomination au ministère. "J’ai découvert qu’il faisait partie des théoriciens revanchards de Mai 68." L’enseignant trouve son ministre "grand bourgeois et grand mondain" : "Il n’a pas attendu beaucoup pour montrer le vrai visage de la droite." Et, avec regret : "Ce n’est pas un défenseur du système public, surtout pour les catégories sociales qui en ont le plus besoin." Un collègue, Jean-Philippe Gadier, instituteur dans le quartier de Bagatelle et militant du SNUipp : "Ferry communique mieux qu’Allègre, mais c’est toujours la même politique. Ils veulent toujours "dégraisser le mammouth"."

"Luc Ferry n’est que l’homme qui met en place une politique plus générale contre laquelle nous sommes mobilisés", résume, à Marseille, Sébastien Fournier, 24 ans, une demi-année d’enseignement dans une école primaire des quartiers nord de la ville. Animateur des batailles qui, depuis des semaines, affectent les établissements de la zone, il explique : "Je n’avais pas du tout une vision idyllique du métier, je savais qu’il y aurait des batailles à mener. Et je n’avais aucune attente spéciale concernant Luc Ferry. Mais tout ce que je vois, c’est qu’il participe à l’attaque la plus forte jamais menée contre l’éducation nationale."

UN MUR D’INCOMPRÉHENSION

Enseignante en maternelle à l’école Révolution, dans un quartier pauvre du centre-ville de la cité phocéenne, Chloé Penblanc, 29 ans, considère elle aussi que le rejet de Luc Ferry est probablement moins grand, sur le plan personnel, que celui de Claude Allègre : "Mais, vraiment, ce n’est pas la question du jour." Pour elle, le mépris affiché vis-à-vis des enseignants est très largement partagé par toute l’équipe gouvernementale, et Xavier Darcos, le ministre délégué à l’enseignement scolaire, a gagné la vedette en disant que "les classes à partir de deux ans ne servaient à rien". Sa pratique professionnelle dans son quartier lui prouverait le contraire.

De fait, à Marseille, comme ailleurs, le mouvement, réaction à la politique du ministre, englobe bien d’autres éléments : la fin des emplois-jeunes, par exemple, fera perdre un emploi à l’école primaire de la Busserine, où Sébastien Fournier enseigne. Résultat : la bibliothèque ne pourra pas fonctionner normalement. Quant à la décentralisation des personnels vers les régions et les départements... Cela conduira "inéluctablement, estime-t-il, à la privatisation de certaines des fonctions avant la suppression des médecins scolaires, des psychologues, des conseillers d’orientation" - autant d’éléments vitaux dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP), dont son école fait partie. Et à d’autres soucis : Sébastien n’ose pas penser à ce qui se passerait si Jean-Marie Le Pen devenait président de la région PACA... La décentralisation, toujours au cœur des préoccupations. Même des moins informés.

David, 29 ans, contractuel depuis trois ans dans un lycée professionnel en zone sensible, pour enseigner l’électronique à des BEP, se dit "effrayé", traduisant un sentiment d’inquiétude partagé face à l’avenir, car cette décentralisation, selon lui, conduira, inévitablement, à "la suppression des surveillants, des emplois-jeunes, des conseillers principaux d’éducation (CPE), qui font un travail formidable". S’il y a moins de ces personnels "cela risque d’être très très dur", dit-il encore, parce que les élèves sont "eux-mêmes très durs" - et c’est un euphémisme. David avoue ne pas connaître son ministre, ne pas suivre l’actualité, et ne se préoccuper des réformes de l’éducation nationale que depuis le "discours de Raffarin sur la décentralisation". S’estimant "inculte par rapport à la politique", il n’en veut pas à Luc Ferry : "Comme je viens de recevoir son livre, je vais le lire." D’autres n’ont pas eu cette attention.

A Marseille, dès réception de la Lettre à tous ceux qui aiment l’école, plusieurs enseignants ont apporté l’œuvre ministérielle devant l’inspection d’académie pour qu’elle constitue, symboliquement, la briquette du mur d’incompréhension qui se dresse entre le corps enseignant et le ministère. Claudine, 37 ans, dont sept à enseigner l’anglais au lycée Saint-Exupéry, au cœur des quartiers Nord, est de ceux-là. Pourtant, elle aussi soutient que le rejet personnel est beaucoup moins virulent contre Luc Ferry qu’il ne l’avait été contre Claude Allègre : celui-ci avait "attaqué nominalement les profs", rappelle-t-elle. Au rang des griefs, Claudine ne "supporte pas cette inégalité qu’on creuse chaque jour entre les enfants, ceux des cadres sup’ et ceux des chômeurs". Elle vit les débats menés par le ministère comme complètement décalés : "Ils n’ont aucune idée, mais aucune idée, de ce qu’on vit au quotidien, pense-t-elle. Ils ne savent rien des élèves qu’on a en face de nous. Ils sont dans un autre monde."

"Nous souffrons d’un manque de reconnaissance, assure Gérard Daval, 46 ans, instituteur à Metz. A fortiori dans les ZEP, où l’on nous demande d’être à la fois assistante sociale, parents de substitution, éducateurs et, accessoirement, enseignants. Ici, on a vraiment l’impression que l’institution se fout de nous. Ils délèguent toujours plus. Bientôt, on nous demandera de faire passer le code de la route aux enfants !"

"ZEP ou pas ZEP, nous subissons une réelle détérioration de nos conditions de travail avec des enfants de plus en plus agressifs, des classes de plus en plus surchargées, des passages en classe supérieure décidés en dépit du bon sens..." estime Sophie de Beaumont, institutrice à Ars- sur-Moselle, petite bourgade de l’agglomération messine. "On nous demande d’éduquer, alors que notre métier, c’est l’instruction." Même tonalité pour Alain Pereira, 34 ans, professeur de physique appliquée, qui sillonne la Moselle avec son statut de "titulaire sur zone de remplacement" - "un choix personnel" : "On nous demande de plus en plus de choses : éducation physique, travaux personnels encadrés, itinéraires de découverte, etc. Alors que nous aurions surtout besoin d’heures de cours supplémentaires." Mady Vincent, 30 ans, maître auxiliaire en histoire-géographie dans un collège à Homécourt (Meurthe-et-Moselle) : "J’entends autour de moi que nous sommes là pour enseigner une matière, que notre rôle n’est pas de nous substituer aux parents... Mais quand un élève ne va pas bien, nous sommes bien obligés de prendre ses problèmes en compte !"

"Malgré tout,tempère Philippe Brettnacher, professeur d’histoire-géographie au lycée Louis-Vincent, à Metz, la plupart des profs se débrouillent et déploient des efforts colossaux pour dispenser un enseignement de qualité, quitte à faire des heures sup non payées." L’une de ses collègues, Catherine Stotzky, professeur de lettres remplaçante, témoigne à ce sujet : "Je suis gréviste, mais j’assure normalement mes cours dans les classes d’examen. Quand je leur ai dit ce matin que je travaillais bénévolement, ils n’en sont pas revenus ! Tout enseignant normalement constitué a envie que ses élèves réussissent."

FAUX DÉBATS

A Marseille, au lycée Saint-Exupéry, Claudine veut donc recentrer les enjeux. Comme à ses collègues, il lui semble que les discussions sur la place des élèves dans le système éducatif constituent typiquement de faux débats : "L’élève est au centre, il l’a toujours été, puisqu’il n’est pas sur le côté, et voilà. Ce n’est pas un credo, mais une constatation." Sébastien et Raphaëlle, 27 ans, tous deux jeunes titulaires en sciences et vie de la Terre, eux aussi enseignants à Marseille, veulent bien admettre qu’il y a eu parfois "un peu de démagogie" sur le sujet, mais la discussion théorique sur la transmission des savoirs leur paraît totalement étrangère aux questions quotidiennes qu’ils se posent.

Hélène Badizzone, 45 ans, professeur d’économie et de gestion, rebondit, en précisant qu’elle aurait préféré que l’argent du livre ministériel soit transformé en quelques heures de soutien à des élèves en difficulté : "J’aimerais bien pouvoir me recentrer sur la transmission des savoirs. Parfois je suis fatiguée d’être un peu assistante sociale, un peu maman et un peu répressive. Mais toute la question est de savoir comment tenir quand on fait le grand écart." Elle n’a trouvé aucune réponse dans le livre, ni dans les discours de Luc Ferry ni dans ceux de Xavier Darcos.

En primaire, Sébastien Fournier, lui, se dit "révolté" par les théories sur la démission des parents et des enseignants, à la mode dans le gouvernement. "L’idée que les parents des quartiers Nord n’ont pas appris aux gosses le respect de l’autorité, et en particulier celles des professeurs, est entièrement fausse. Au contraire, ils demandent cette autorité, et elle est au cœur de ce que nous faisons. Respecter les horaires, les autres, les récréations, le cadre collectif d’une classe, c’est notre préoccupation permanente." Et de conclure : manque de professeurs dans des zones où le cumul des handicaps est à son maximum, suppression des postes périphériques, "il ne manquait plus que le ministre vienne nous apprendre à travailler au moment où il fait tout exploser". Pour l’enseignant, le livre de Luc Ferry n’a rien fait pour améliorer son image.

"Il faudrait qu’il vienne sur le terrain pour se rendre compte", renchérissent de concert Karine et Dominique, professeurs d’éducation physique et sportive (EPS) - non syndiquées - au collège Pablo Picasso de Frouzins, dans la banlieue toulousaine. Toutes deux s’expriment peu, avant d’aller manifester à l’occasion de la venue de Luc Ferry et Xavier Darcos, jeudi 15, à Rodez. Dominique se sent comme "assommée" par la succession de réformes : "Il y a des tas de choses qui nous tombent dessus. Il est clair que la qualité de notre enseignement va en prendre un coup. C’est vrai que le budget de l’éducation nationale augmente un peu chaque année, mais les difficultés, elles, augmentent de façon exponentielle. C’est plus difficile qu’il y a vingt ans."

Dominique : "Luc Ferry est plus subtil que Claude Allègre, il fait tout par-derrière. On ne s’en est pas rendu compte tout de suite." Elle a glissé sa Lettre à tous... dans son sac : "On est d’accord avec son livre. Combattre l’illettrisme, par exemple, tout le monde ne peut être que d’accord. Mais les moyens ne sont pas en fonction des objectifs affichés." Karine : "Il faut sans arrêt se battre, vendre des chocolatines ou organiser des lotos pour pouvoir financer les sorties avec les élèves qu’on nous encourage à organiser. Mais nous ne sommes pas des businessmen. Nous, on vient de faire des choix hyperserrés pour savoir s’il fallait ou pas acheter de nouveaux tapis de sols, et lui, il nous envoie son bouquin qui a coûté je ne sais même pas combien."

"Le concret !" A Lille, au lycée européen Montebello - le premier à s’être mis en grève, le 2 mai dans la ville -, nombreux sont ceux qui se rejoignent sur ce mot, intarissables eux aussi quand il s’agit de décrire les difficultés de leur métier au quotidien et les craintes que suscitent chez eux les mesures de décentralisation. Dans la salle des professeurs, jeudi 15, quelques grévistes y préparent des slogans pour la manifestation de lundi.

"J’ai peur pour le personnel technique, qui est indispensable pour préparer les travaux pratiques (TP) dans nos disciplines, explique par exemple Brigitte Créteur, professeur de physique syndiquée à la CGT. Nous avons obtenu de haute lutte quatre postes - deux en biologie, deux en sciences physiques - après de multiples démarches et grèves de TP. Je n’ai aucune assurance en ce qui concerne leur maintien. Ils ont reçu du ministère exactement le même courrier que le personnel d’entretien."

"Nous avons la chance d’avoir une assistante sociale, ajoute Paul Masse, professeur d’histoire- géographie syndiqué au SGEN-CFDT, une jeune vacataire, très impliquée, qui s’investit à fond dans son travail. Pourra-t-elle continuer si elle dépend du département ? Nous ne disposons que de deux conseillers d’orientation, de trois postes et demi de surveillants d’externat et de cinq emplois-jeunes pour 1 500 élèves. Leur nombre, déjà très insuffisant, risque d’être réduit pour les premiers, et les emplois-jeunes seront supprimés. Tous jouent, pourtant, un rôle très important."

"DES DIGUES CRAQUENT"

"Le village où je vis, dans la grande banlieue lilloise, ajoute Corinne Malet, professeur d’anglais, non syndiquée, possède une école publique et une école privée. La première vient de fermer une classe, la seconde en a ouvert immédiatement une nouvelle : faire des économies sur l’éducation nationale, c’est miner l’avenir sans se préoccuper des conséquences.

"C’est gravissime, et je regrette que les parents d’élèves n’en soient pas plus conscients. Si nous ne nous battons pas aujourd’hui, nous le regretterons pendant des années." Michel Zupancic, professeur de mathématiques syndiqué au SNES, approuve : "Des digues craquent. Si tout cela se met en place, ce sera fini."

Au-delà, les enseignants, de Montebello ou d’ailleurs, estiment que leur combat dépasse largement l’école pour rejoindre celui des autres fonctionnaires et des salariés du privé. A Metz, au lycée Louis- Vincent, Catherine Stotzky se méfie des discours corporatistes. Elle songe à la question des retraites : "On fatigue aussi dans plein d’autres métiers, et ça, il faut le dire. Que l’on soit prof, infirmière, boulanger ou employé administratif, on ne devrait plus, dans une société civilisée, travailler au-delà d’un certain âge. Ce projet [le projet Fillon sur la réforme des retraites], c’est une régression totale !" Son collègue Philippe Brettnacher, professeur d’histoire-géographie, acquiesce : "On ne défend pas un pré carré, nous sommes des salariés comme les autres."

"Après l’éducation nationale et les retraites, ce sera la Sécurité sociale, les allocations familiales, projette Pierre Devocelle, professeur de philosophie, non syndiqué, au lycée Montebello, à Lille. Toutes les conquêtes sociales et syndicales sont remises en cause. C’est, de la part du gouvernement, un choix de société sur le rôle de l’Etat. Je trouve cela très préoccupant." "C’est la société libérale, la mondialisation, diagnostique Claude Conord, professeur d’histoire-géographie. On en parlait depuis dix ans dans nos cours, on en voit aujourd’hui les effets. On a l’impression que toutes nos sociétés occidentales entrent dans ce carcan. Les salariés de Metaleurop comprennent avec leur tripes ce que cela signifie. Nous avons, en Europe, un modèle qui n’est peut-être pas parfait, mais il faut se battre pour le protéger. Car créer de l’échec scolaire, humain, social, cela se paie un jour ou l’autre. En gens pas bien dans leur peau et dans leur tête, en problèmes de drogue, en répression. Une société qui se délabre est très difficile à reconstruire."

Jean-Michel Dumay, avec Nicolas Bastuck à Metz, Jean-Paul Dufour à Lille, Michel Samson à Marseille, et Stéphane Thépot à Toulouse.


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